26.11.2008
Pause Tulipe
Pour changer un peu, quelques Tulipe en guise d'intermède récréatif. Le dernier strip n'est pas rempli, c'est exprès, si quelqu'un veut s'amuser à trouver des phrases.
(je préviens tout de suite, y'a rien à gagner)

Au passage, redressons une injustice dûe à un vieux concours sans suite qui portait sur une case de BD à rempir comme un canevas. Non seulement, P4 nègre7 le malheureux gagnant n'avait pas reçu son prix (chose qui a été rétablie avec force retard), mais en plus il n'avait pas eu le privilège ô combien envié de voir son oeuvre ici. La voilà donc.

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25.11.2008
25 Novembre 1457
Il m’est de nouveau arrivé quelque chose de tout à fait surprenant aujourd’hui. Pour me distraire, je pêchais avec les hommes d’équipage. Ma ligne était tendue à bâbord, sous le vent ; tout à coup une traction formidable manqua de m’emmener par-dessus bord. Je tirai de toute la force de mes bras ; nul, autour de moi, ne semblait remarquer mes efforts et personne ne me vint en aide, mais c’est mieux ainsi, car je fis preuve de cette manière de toute la force de caractère qui est la mienne. Je luttai encore et encore contre la bête terrible qui me défiait, et, dans un mouvement brusque préparé par moi tel un fin stratège, je relevai brusquement ma ligne avec hameçons et plombs.
Au lieu du requin que je m’attendais à trouver, c’est un minuscule animal qui se mit à tressauter sur le plancher du pont. Il était doué d’une force extraordinaire et il me fallut plonger sur lui pour l’immobiliser. Je l’emportai dans mon veston, et, ne laissant rien paraître en dépit de ma poitrine agitée, je l’emmenai à l’écart pour mieux l’observer. Voilà qui pourrait me faire passer pour fou lorsque la postérité aura accès au document unique que représente ce journal ; mais c’est un fait : ce poisson, par ailleurs tout à fait ordinaire, portait sur son front un unique œil large et allongé, et, juste au-dessous, une petite bouche dentue et souriante. J’ai immédiatement senti chez cet animal quelque chose de diabolique. Utilisant un crucifix, je l’ai transpercé de part en part en invoquant Sainte Pélagie, puis j’ai mis au feu ce qu’il restait du corps en me gardant bien d’en respirer la fumée. Voilà une nouvelle confirmation de la présence du Malin dans la mer de l’Ouest.
- Capitaine, je pense qu’il vous faut du repos. Vous paraissez fiévreux et vous suez à grosses gouttes.
- Ah ! Mon cher Toussaint, c’est la fièvre de l’aventure qui m’envahit. Je suis excité des pieds à la tête par toutes les merveilles que recèle cette mer inconnue. Voyez la couleur de l’eau : elle-même n’est pas naturelle. Je perçois des reflets rouges dans le creux de ses vagues et l’écume est teintée de mauve comme la bave bouillonnante d’un taureau en colère.
- C’est l’insolation qui vous guette : vous passez trop de temps sur le pont.
- Vous-même passez votre temps en cuisine : ce n’est pas pour autant que vous entendez le bouillon chanter.
- Parfois si, mon Capitaine. Le sifflet d’un bouillon qui cuit est riche d’intonations.
- Ah ! Voyez comme tout ici devient un enchantement. Je suis convaincu qu’en ce moment même le doigt de Dieu lui-même pousse notre navire tandis que, dans les profondeurs, le Diable changé en Cachalot le tire dans l’autre sens.
- N’invoquez pas le Diable à tout va, monsieur.
- Vous reste-t-il une part de pain ou un fond de semoule ? Je sens mon appétit aiguisé par l’enthousiasme.
- Voici.
- Qu’est ce que cette galette noirâtre ?
- C’est le pain qui nous reste.
- Fiel ! Bile ! Glaire !
- Hélas.
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24.11.2008
17 Novembre 1457
Je suis descendu en cale après midi pour y découvrir un spectacle affligeant. Les trois corps de mes amis félons étaient inanimés et répandus les uns sur les autres. Il semblerait, d’après leur position, que Testard ait d’abord attaqué Albert d’un féroce coup de dents ; qu’il le tua sur le coup tout en succombant lui-même, et qu’il s’écroula aussitôt, écrasant de son corps inerte Guillain qui se trouvait entre les deux et qui ne survécut pas à une demi-douzaine de côtes cassées.
Nous les jetâmes à l’eau et retranchâmes leur nombre de celui des hommes à bord : vingt-neuf, compris Bienvenu et moi-même. Je suis un peu attristé par la perte d’Albert qui en dépit de sa trahison n’en était pas moins un garçon délicieux. J’ai demandé à l’aumônier de prononcer pour lui, discrètement, une petite oraison.
Les rôtis de rats furent délectables mais il n’en reste déjà plus. Il semble cependant que les estomacs délicats de certains moussaillons aient mal supporté ce nouveau régime pourtant riche ; nous avons quatre malades d’indigestion, ce que je considère comme un privilège après trois mois de mer.
- Capitaine, pensez-vous qu’il y ait de l’or ou quelque terre à conquérir là où nous allons ?
- A l’Ouest ? Evidemment non. Je n’ai jamais ouï dire que la fin de la mer fut une terre.
- C’est bien, monsieur, la réflexion que je me fais.
- Qu’est-ce à dire ?
- Que je m’interroge, monsieur, sur les motifs de notre expédition et soupçonne une plaisanterie de la part du Roy.
- Du Roy ! Une plaisanterie ! Vous plaisantez ! Le Roy ne plaisante jamais !
- Par plaisanterie j’entendais mauvais tour. Il aura voulu vous éloigner d’Europe.
- Sapristi ! Et pourquoi ce tour pendable ?
- Je l’ignore, Capitaine.
- Dans ce cas, je considère vos calomnies comme nulles et non avenues.
- Pourtant, monsieur, ce sont des suppositions qui…
- Je n’ouïs point.
- Je vous enjoins à songer…
- Je suis sourd à vos crachotements.
- Par ailleurs, les rats…
- Oui ?
- Il n’y en a plus du tout.
- Diantre !
- Ni de pois non plus.
- Que reste-t-il ?
- Quelques navets flétris, un fond de blé dur non écossé, de la chique à chiquer et de la sciure de bois.
- Malheur !
- Et puis du vin.
- C'est bien ainsi. Parbleu, vous n'êtes point une femme pour vous plaindre de la sorte. Nous avons ce qu'il nous faut. Faites bouillir le blé pour en faire purée ; faites frire les navets dans de l'huile de poisson; pêchez pour cela du poisson; mangez le poisson également.
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