13.11.2008
Samedi à Lyon
Petite note rapide pour dire que je serai à Lyon en dédicace à la librairie La BD samedi après-midi. Il y aura aussi Camille Pot, qui est lyonnaise et qui aura plein d'a(d)mi(rateur)s, alors venez me soutenir !
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28 Août 1457
Nous avons depuis longtemps perdu la côte de vue. Il fait un temps superbe, et nous avons vent arrière. J’ai étrenné la casaque de la marine royale qui me donne, semble-t-il, un bon ascendant sur mes hommes. Elle me sied à ravir, et j’aimerais assez qu’Hildegarde me voie dans cette tenue, posant fièrement sur le pont comme je le fais toute la journée, faute d’affaires plus urgentes.
Je n’ai pas encore aperçu de narval, mais j’ai bon espoir de voir au moins une fois cette bête fabuleuse. Je suis constamment occupé à fixer l’horizon et il m’arrive, dans la soirée, d’avoir des maux de tête.
- Capitaine, voilà la boussole et l’astrolabe.
- Merci, Testard. Gardez-les, je n’en ai pas besoin.
- Pas besoin, Capitaine ?
- Mais non, puisque nous serons parfaitement guidés par le soleil, qui indique exactement le levant et le couchant. Ainsi, nous le poursuivrons inlassablement et le pousserons dans ses retranchements.
- Mais la nuit, mon Capitaine ?
- La nuit, mon petit, nous dormirons.
- Ah, à ce sujet.
- À ce sujet ?
- J’ai un message à vous transmettre de la part de l’équipage. Les couches sont infestées de puces ; d’autre part…
- Je ne vous entends plus.
- C’est parce que je chuchote.
- Ah ! C’est vrai.
- Il y a dans l’équipage un marin qui perturbe tout le monde par des mœurs païennes.
- Quoi ça ?
- Il aime à contempler ses camarades entre deux tenues et il ne fait pas bon dormir à ses côtés.
- Ah ! oui, je vois, je vois.
- Peut-être pourriez-vous, sous un quelconque prétexte, l’envoyer en cale ou lui donner le quart de nuit, afin que l’agacement qu’il provoque ne dégénère en rébellion.
- De qui parlez vous ?
- Il dit avoir pour nom Albert de Jouasc.
- Et que lui arrive-t-il ?
- Capitaine, vous ne m’écoutez point.
- Je viens d’apercevoir un de ces poissons volants dont j’ai vu tant de gravures. C’est tout à fait décevant, ces choses-là sont minuscules.
- Et pour De Jouasc ?
- Offrez à ce méritant garçon la boussole et l’astrolabe et laissez-moi, à présent. J’essaie de surprendre un de ces narvals qui portent sur le nez des cornes de licorne.
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12.11.2008
24 Août 1457
Oui, je ne suis qu'un scolopendre qui ne tient pas ses promesses. Non, je n'ai pas fait de nouveaux Tulipes et j'ai laissé Chef Magik en friche et je n'ai même presque pas dessiné depuis des semaines. Non, je ne me sens même pas coupable (enfin à peine). C'est parce que depuis quinze jours, je suis plongée dans l'univers fantastique du Capitaine Vermulet, qui devait être un scénario et qui en une semaine s'est transformé en roman de cent pages. Bon, quand même, je vais l'illustrer un peu après.
Voilà, alors je mets la première page ici, pour prouver, et puis si ça intéresse les gens je mettrai la suite, pourquoi pas, quelle façon extraordinaire et paresseuse d'alimenter un blog pendant cent jours !
La Très Singulière Expédition du Capitaine Vermulet
24 Août 1457
Par la volonté du Roy, je trouve une excellente occasion d’entamer ce cahier superbement relié, offert par feu mon père qui le ramena de Prusse à la suite d’une campagne militaire. Il m’a fallu arracher la première page que j’avais stupidement entachée dans ma jeunesse d’un poème enflammé destiné à une belle qui ne le méritait pas.
En voici le premier couplet, que j’ai conservé en raison de sa beauté :
Peau ! Douce et soyeuse, blanche comme le lait en hiver !
Yeux ! Noirs comme des loirs, tapis dans l’ombre d’un soir !
Bouche ! Ourlée comme un saumon tranché par le fer !
Seins ! Deux belles boules, lentement commencent à choir !
Etc.
Dorénavant, ce cahier sera le carnet de bord de ma première expédition en tant que capitaine. De là haut, je sais que mon père est gonflé de fierté et je lui dédie ces écrits.
Nous avons appareillé ce matin dans la rade de La Rochelle à bord de l’Arrogant, une splendide caraque qui fut bâtie sur les chantiers de Palos. Ce n’est pas trop tôt, car nous avons pris près d’un mois pour réunir l’équipage. Les douze hommes qui nous manquaient ont été prestement recrutés au cours de la nuit dernière dans de sordides tavernes et nous avons frôlé l’émeute lorsqu’ils se sont réveillés sur le pont.
Bienvenu Vigneron, mon second, est un petit Auvergnat de bonne carrure en qui j’ai toute confiance. Il est sans doute le seul à bord qui ne soit pas porté sur la bouteille, ce qu’il compense par une étrange manie qui consiste à se laver les mains une douzaine de fois dans la journée. Faute d’eau claire en abondance, il utilise pour les rincer sa ration de vin de palme.
- Capitaine, quels sont les ordres ?
- Le Roy disait exactement : « voguez droit au ponant, sans faillir, pour la gloire de la France et de la Civilisation en général. »
- C’est un ordre un peu vague, Capitaine, si vous me permettez.
- C’est l’ordre le plus précis qu’il m’ait été donné de recevoir à ce jour, Bienvenu, et j’en suis fort aise. Il nous faut maintenir le cap à l’Ouest et voilà tout. Pendant ce temps, nous pourrons à loisir jouer aux cartes et aux osselets.
- Capitaine, je m’autorise à demander le but de notre voyage. Car le moment viendra tôt ou tard où nous arriverons au bout de quelque chose.
- Au bout de quoi, mon ami ?
- Au bout de la mer, Capitaine, et cette idée me fait frémir, car on dit que derrière ses bords tranchants, elle laisse place à un grand néant peuplé de monstres.
- Ah, oui oui oui. Voilà précisément ce que souhaite le Roy, semble-t-il. Il s’agit, voyez-vous, d’une mission d’exploration. Jusqu’où va la mer, et qu’y a-t-il ensuite ? L’eau s’arrête-t-elle nettement comme elle le fit quand moïse la sépara, telle une gelée que l’on coupe, ou bien se répand-t-elle en cascade vers un sombre gouffre, et si oui, comment la mer ne s’est-elle pas encore tout à fait asséchée et y a-t-il un système de surverse ?
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