06.12.2008

28 Janvier 1457

La cinquième expédition que j’ai envoyée sur l’île, comprenant les sieurs Vachon et Duparc, a enfin ramené des résultats intéressants. L’île est occupée par une vaste forêt à l’arrière de laquelle on devine une sorte de colline assez accidentée. Nos hommes n’ont pas pu pousser plus loin. Le sol est graniteux et la terre paraît riche. Plus important, on trouve dans la forêt différentes sortes de choses comestibles, en particulier de petites baies rosâtres que Luberon, en punition pour son comportement ridicule, a dû ingérer pour essai ; il semble, trois jours plus tard, que les baies soient comestibles. On trouve aussi des racines qui ressemblent assez au rutabaga et qui, une fois bouillies, ont un goût semblable, mais plus doux ; ont été également repérées des bêtes sauvages semblables, les unes à des sortes de marcassins courts sur pattes, les autres à de gros merles : voilà au moins de quoi nous ravitailler.

Le moral des hommes est changeant. Toucher terre après cinq mois de mer semble leur faire du bien et leurs folles courses dans ce froid vivifiant est très bon pour la forme. Je sens malgré tout enfler des rumeurs à mon encontre, suggérées par le climat et la végétation de l’île. D’aucuns disent que je me serais trompé de route, ce qui est grotesque ; mais ces racontars sont encouragés par le traître Bienvenu qui, depuis le jour où il s’est stupidement jeté à l’eau, ne s’adresse plus à moi que du bout des lèvres, de peur, je l’imagine, de souffrir davantage des sentiments non réciproques qu’il me porte.

Tissier et Brandérac ne sont pas encore revenus, ce qui laisse supposer que l’île est plus étendue que prévu.

- Capitaine, vous êtes pâle comme une dentelle.

- Ah ! Cela ne m’étonne guère.

- Quel tourment vous habite-t-il ?

- Je reviens de l’île ; je m’y suis promené une heure, seul, dans la forêt.

- Eh bien ! Cela aurait dû, au contraire, vous amener du rose aux joues.

- Ce fut d’abord le cas, et je sautillai gaiement entre les arbres, cueillant ici une baie, là un scarabée, lorsque je fus violemment ému par l’apparition d’une nouvelle créature du démon.

- Allons bon ! Elles ne se cantonnent donc point aux flots ?

- Celle-ci ressemblait à un genre de biche, ou de daim peut-être, portant robe noire et luisante.

- Dans ces contrées éloignées, cela se peut fort bien sans aucune intervention diabolique.

- C’est que ce n’est pas tout. Cet animal avançait sur deux pattes comme le ferait un homme.

- Certains ours le font parfois.

- Cet ours-là avait nettement la forme d’une biche. De surcroît il portait sous le ventre, je l’ai bien vu, une marque blanche qui avait – vous ne devineriez jamais – la forme d’une croix.

- Il ne pouvait donc s’agir que d’une créature de Dieu.

- A moins que la croix ne soit renversée.

- L’était-elle ?

- Je l’ignore. C’était une croix de malte.

- Evidemment, cela laisse planer des doutes et des soupçons.

- Des doutes, oui, et des soupçons. Thomas, mon jeune ami, préparez-moi un grog, je le prendrai ici.

Commentaires

C'était un dindon ?

Ecrit par : Francis | 09.12.2008

héhé, un glouglou! bin non... encore une hallucination de ce pauvre capitaine je crois.

Ecrit par : Répondeur | 09.12.2008

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