01.12.2008
2 Janvier 1457
Les hommes ont fait ce matin une pêche miraculeuse avec moult thons rouges. Nous avons eu un vrai festin, quoiqu’il ait fallu à notre nouveau cuisinier l’aide du chirurgien pour découper la viande. Celui-là a d’ailleurs trouvé drôle de disposer dans mon assiette un soi-disant thon à deux têtes qu’il avait fait à partir de deux bêtes ; ils attendaient de me voir tomber dans le piège, mais j’ai déjoué la supercherie et leur ai prestement ôté le rire de la bouche à l’aide d’un sabre bien tranchant qui les priva d’auriculaire.
Nous avons dû condamner le bâtiment arrière qui prenait trop d’eau. Les planches utilisées pour les parois des cabines abandonnées ont été récupérées pour conforter les planches vermoulues de la coque et du pont. L’Arrogant n’a plus si fière allure.
Je n’ai pas dit à Bienvenu que j’ai cessé de calculer notre route depuis plus d’un mois. Quelle fastidieuse paperasserie ! Puisque notre route est droite, j’ai d’avance tracé un trait parfaitement rectiligne jusqu’au bord de la carte, débordant sur la table pour faire bonne mesure. Je continue à m’enfermer chaque soir dans ma cabine, cela rassure les hommes.
- Capitaine, que déclamez-vous donc seul face à la mer ?
- Un poème, Bienvenu.
- Une autre de vos créations ?
- Mon style est bien identifiable, je crois.
- En effet, Capitaine. Sont-ce les vastes flots qui vous inspirent ces accents lyriques ?
- Les flots, les champs, les monts, les villes, tout ce qui participe de la création divine est pour moi source inépuisable de rengorgement.
- Songez-vous, à votre retour, à déclamer vos vers dans quelque salon à la mode ? Vous pourriez vous y faire remarquer par un riche mécène ou une comtesse généreuse.
- Oh, mais ne me croyez pas novice à ce point. J’ai déjà eu maintes occasions de briller à la cour, et, il y a peu, devant le Roy lui-même.
- Devant le Roy !
- Lui-même.
- Et que lui avez-vous dit ?
- J’avais préparé quelques vers spécialement pour lui. Je les ai encore en mémoire. Voulez-vous les entendre ?
- Avec plaisir.
- D’un certain impair… Non, attendez, ce n’était pas cela. Ah ! Oui, voilà :
D’un père incertain il sortit des entrailles
Sur le trône d’un roi on posa son séant
Sous sa pesante couronne il dirige le bétail
Si médecin le veut, il règnera longtemps.
- Par le corps du Christ !
- Cela vous a-t-il plu ?
- Sainte mère de Dieu !
- Eh bien ! Vous restez pantois !
- Je comprends tout.
- Quoi ? Les arcanes de la beauté poétique ?
- La raison de ce voyage absurde.
Comme j'en vois certains venir, je précise que non, je n'ai pas oublié de changer le numéro d'année, c'est juste qu'à l'époque on
changeait d'année le 25 mars, d'après mes renseignements.
12:41 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note












Commentaires
Hén t'as pas oublié de changer le numéro de l'année ?
Ecrit par : Francis | 01.12.2008
ha merci, je me disais aussi.
Ecrit par : Répondeur | 02.12.2008
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