28.11.2008

10 Décembre 1457

Je déplore aujourd’hui la perte d’un tout nouvel ami, un solide vendéen au visage d’ange qu’on appelait Tristan Drapier. Il était très énergique et tout à fait chaleureux ; chaque matin depuis une semaine, nous disputions une petite course sur la dunette. Nous nous dévêtions à demi et nous retrouvions sur la ligne de départ en bas et chemise ; puis nous courions jusqu’au bastingage. C’était divertissant et revigorant ; je le laissais gagner, car un capitaine doit savoir ménager ses hommes. C’était avec la plus grande félicité que je me maintenais au petit trot et le regardais virevolter jusqu’au bastingage, le rose aux joues et les hanches enjouées pour crier « Victoire ! J’ai encore gagné ! »

Ce matin, ce saint parmi les saints nous a quitté. Ses pieds agiles venaient de démarrer la course ; ses boucles blondes volaient au vent et son sourire béat lançait au ciel un rire cristallin. Je le vis partir comme une flèche et tout à coup, il disparut, appelé par Dieu dans un halo de lumière qui le happa sans que j’aie le temps de dire ouf.

 

- Eh bien, Capitaine ? Que regardez vous en l’air si fixement avec cet air hébété ?

- Je me demande, mon petit, si notre précieux ami est bien arrivé parmi les anges et s’il nous voit du haut de sa céleste demeure.

- Je ne vois rien là-haut, capitaine.

- Regardez mieux : ce nuage, ne vous semble-t-il pas plus lumineux que les autres ?

- C’est que le soleil est caché derrière ; puis-je maintenant baisser la tête pour éviter éblouissements et torticolis ?

- Mais ne voyez-vous point que les nues ont pris la forme douce et potelée de notre cher Tristan ?

- Je n’en sais fichtre rien, Capitaine ; mais si j’étais vous, pour trouver Tristan je regarderais vers le bas plutôt.

- Osez-vous insinuer que cet homme admirable est allé en enfer ?

- Point du tout ; j’ai tout vu. L’imbécile a couru si vite en regardant le ciel qu’il est prestement passé par-dessus bord et a disparu dans l’écume de notre sillage.

Ecrire un commentaire