27.11.2008
4 Décembre 1457
Le climat s’est rafraîchi brutalement et nous avons essuyé deux tempêtes coup sur coup ; nous avons perdu le mât de misaine*, ce qui nous force à réduire considérablement l’allure. Voici la liste des hommes perdus :
1er décembre (nuit) : Jules Marchant, Ferréol Santon, Toussaint Gascogne, Guillemet Poirier.
2 décembre (matinée) : Lorrain Dupont, Bonifacio Colomb, Gonzague Rochard, César
Barron, Antoine Marion.
Ajoutons-y les deux morts d’indigestion et le gangréné : nous ne sommes plus que dix-sept à bord. C’est insuffisant pour faire tourner à plein régime ; j’ai réorganisé les tâches et nous voguons à quatre nœuds* par vent arrière.
Parmi eux étaient le cuisinier, que j’ai remplacé par un quartier-maître qui se dit fils d’un boulanger, et l’aumônier que j’ai remplacé par mon crucifix. Il nous reste le charpentier, le chirurgien et une pelletée de matelots. Mon fidèle Bienvenu est toujours là mais il s’est enfermé dans un mutisme de mauvais augure.
- J’ignore comment tu parviens à rater le brouet de cette manière.
- Mon capitaine, je fais ce que je peux. Je mélange, je fais bouillir, je remue et je sers. Je ne suis pas cuisinier.
- Tu n’as donc rien appris de ton père ?
- Mon père ? Quoi mon père ?
- S’il est boulanger, il doit connaître l’art de marier les saveurs, aussi fades soient-elles.
- Mon père est charretier ; Boulanger c’est notre nom. Je m’appelle Thomas fils boulanger parce que mon père aussi est un Thomas comme son père avant lui. Chez nous on s’appelle tous Thomas.
- Chez moi, nous alternons, c’est plus commode.
- J’en conviens, mais cela fait des jalousies. Mettons que ce soit un coup Jean, un coup Gratte-Moellon. Eh bien, celui qui tombe sur Gratte-Moellon n’est pas content.
- Par bonheur, ce nom-là ne se rencontre guère.
- C’est un exemple.
- Tout de même je te prie de rater un peu moins ton brouet la prochaine fois.
- Croyez-vous qu’on nomme le brouet à cause de la brouette ?
- J’imagine. C’est la quantité qui fait le brouet.
- Dans ce cas vous n’avez rien à me reprocher. Il ne manque pas de quantité.
12:00 Publié dans Texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note












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