24.11.2008

17 Novembre 1457

Je suis descendu en cale après midi pour y découvrir un spectacle affligeant. Les trois corps de mes amis félons étaient inanimés et répandus les uns sur les autres. Il semblerait, d’après leur position, que Testard ait d’abord attaqué Albert d’un féroce coup de dents ; qu’il le tua sur le coup tout en succombant lui-même, et qu’il s’écroula aussitôt, écrasant de son corps inerte Guillain qui se trouvait entre les deux et qui ne survécut pas à une demi-douzaine de côtes cassées.

Nous les jetâmes à l’eau et retranchâmes leur nombre de celui des hommes à bord : vingt-neuf, compris Bienvenu et moi-même. Je suis un peu attristé par la perte d’Albert qui en dépit de sa trahison n’en était pas moins un garçon délicieux. J’ai demandé à l’aumônier de prononcer pour lui, discrètement, une petite oraison.

Les rôtis de rats furent délectables mais il n’en reste déjà plus. Il semble cependant que les estomacs délicats de certains moussaillons aient mal supporté ce nouveau régime pourtant riche ; nous avons quatre malades d’indigestion, ce que je considère comme un privilège après trois mois de mer.

 

- Capitaine, pensez-vous qu’il y ait de l’or ou quelque terre à conquérir là où nous allons ?

- A l’Ouest ? Evidemment non. Je n’ai jamais ouï dire que la fin de la mer fut une terre.

- C’est bien, monsieur, la réflexion que je me fais.

- Qu’est-ce à dire ?

- Que je m’interroge, monsieur, sur les motifs de notre expédition et soupçonne une plaisanterie de la part du Roy.

- Du Roy ! Une plaisanterie ! Vous plaisantez ! Le Roy ne plaisante jamais !

- Par plaisanterie j’entendais mauvais tour. Il aura voulu vous éloigner d’Europe.

- Sapristi ! Et pourquoi ce tour pendable ?

- Je l’ignore, Capitaine.

- Dans ce cas, je considère vos calomnies comme nulles et non avenues.

- Pourtant, monsieur, ce sont des suppositions qui…

- Je n’ouïs point.

- Je vous enjoins à songer…

- Je suis sourd à vos crachotements.

- Par ailleurs, les rats…

- Oui ?

- Il n’y en a plus du tout.

- Diantre !

- Ni de pois non plus.

- Que reste-t-il ?

- Quelques navets flétris, un fond de blé dur non écossé, de la chique à chiquer et de la sciure de bois.

- Malheur !

- Et puis du vin.

- C'est bien ainsi. Parbleu, vous n'êtes point une femme pour vous plaindre de la sorte. Nous avons ce qu'il nous faut. Faites bouillir le blé pour en faire purée ; faites frire les navets dans de l'huile de poisson; pêchez pour cela du poisson; mangez le poisson également.


Commentaires

Albeeeeeert! Naaaoooon! Pourquoi?!!! Il est moooort, bouhouhouu, monde cruel!
Ah oui, et aussi:
Les raaaaaats! Naaaoooon! Pourquoi?!!! Ils sont morts, bouhouhouu, monde cruel!

Ecrit par : joe | 24.11.2008

Hum... désolée... je t'avais pourtant prévenue...
Sauf pour les rats, c'est vrai, c'est un coup dur.

Ecrit par : Répondeur | 25.11.2008

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